Qui sont les consommateurs de pornographie et quels sont leurs fantasmes et leurs attitudes par rapport à la sexualité ?
En ce début de siècle, le porno est partout, il n’est plus réservé aux ghettos des sex-shops et des salles spécialisées. Depuis l’arrivée massive des cassettes vidéo dans les années 80, du minitel rose et enfin de l’Internet, il n’est désormais plus honteux d’aimer le porno et de le dire. Et ce ne sont plus seulement les adultes qui se divertissent mais également les ados, voire les préados qui “s’instruisent”… Selon Denise Stagnara, auteur d’ouvrage d’éducation sexuelle intervenant dans les écoles, “la moitié des enfants de 10-11 ans ont déjà vu un film porno“.
Si ces chiffres peuvent laisser sceptiques, il est vrai que les “hardeuses” sont aujourd’hui invitées sur les plateaux de télévisions dans des émissions grand public, aux côtés des vedettes du showbiz ou encore de la dernière des Miss France. Une étude Médiamétrie commandée par le CSA indique que 11 % des enfants de 4-12 ans des foyers abonnés à Canal + a été en contact pendant au moins 1 minute avec un film X, pourtant diffusé entre minuit et 6h00. Le Collectif inter associatif enfance et médias (CIEM) soulignait pour sa part en avril 2002 que les enfants passent énormément de temps devant la télévision sans accompagnement.Son rapport “L’environnement médiatique des jeunes de 0 à 18 ans : que transmettons-nous à nos enfants ?” met notamment en évidence les “incohérences entre le droit pénal, la législation sur le cinéma, la législation sur la télévision”. Un film interdit lors de sa sortie en salles aux moins de 12 ans, peut ainsi être acheté ou loué sans aucune restriction
Un imaginaire sexuel et amoureux tronqué ? Les films pornos entretiennent la confusion en faisant mine d’être une représentation de la réalité. Les ados les prennent comme tels, tout en se doutant que les choses ne se passent pas exactement comme cela. “Il faut avouer que c’est un monde burlesque : le livreur de pizza arrive. La maîtresse de maison est en peignoir, se retourne pour prendre de l’argent, et c’est parti. Sur ces entrefaites son mari arrive et rejoint le duo dans ses activités sans sourciller !” ironisait Patrick Baudry,
professeur de sociologie à l’université de Bordeaux, en juin 2002 lors du colloque “Pornographie, société et langage”.
“Cela pourrait être désérotisant, mais c’est notre regard qui réinvestit la scène d’érotisme”. Patrick Baudry voit pourtant un aspect positif à ces films, en ce qu’ils cautionnent la liberté sexuelle. Il leur reconnaît aussi le mérite d’être plus proches de la réalité que l’éducation sexuelle “à la papa” faite en observant la reproduction chez les végétaux et les animaux.
Savoir mettre le holÃ
Le danger vient de la restriction de la sexualité à cette vision de l’acte sexuel comme une pure performance physique, réduisant l’amour à l’état d’objet de consommation courante. “Nous ne sommes pas que des machines désirantes” souligne Michela Marzano, philosophe et organisatrice du colloque. La pornographie nous prive de la rencontre avec l’autre en zappant ces moments
pour n’aller qu’aux moments clefs du film. Visionnées à l’adolescence, ces seules images participent à une construction tronquée de l’imaginaire sexuel et amoureux. Au lieu d’êtres libérateurs, ces films peuvent créer un blocage chez certains adolescents, car ils craignent de ne pas être à la hauteur et d’être incapables de reproduire ce qu’ils ont vu, ou de se soumettre à de tels exercices. Les mesures de protection par cryptage des films et l’harmonisation des différentes législations paraissent nécessaires pour protéger les mineurs des images trop crues. Mais il est certainement tout aussi urgent que les parents instaurent un dialogue avec leurs enfants, pour faire appel à leur intelligence et les accompagner dans la découverte d’une sexualité épanouie.
Internet, booster du marché de la pornographie.
L’arrivée de l’Internet a fait exploser le marché de la pornographie. La diffusion de y est plus facile et touche un public plus large, banalisant en quelque sorte le commerce du sexe. Des sites peuvent être consacrés à des acteurs ou actrices de films pornographiques, ce qui permet de fidéliser une clientèle. L’Internet a vu aussi le développement de films réalisés par des amateurs. Certains réseaux de particulier à particulier () sont accusés de favoriser la diffusion de contenu pornographique impliquant des mineurs. Une enquête du General Accounting Office a montré le lien entre réseaux d’échange de fichiers et la pornographie juvénile. Le vice-président directeur de Sharman Networks (propriétaire de Kazaa) Alan Morris, a nié cette accusation devant un comité sénatorial américain ( 2003). De difficiles problèmes se posent à propos de la diffusion de pornographie sur Internet : Quelle est la véritable part de la pornographie sur l’Internet ? Le cadre juridique de la diffusion de contenus pornographiques est-il adapté au support Internet ? Comment protéger les mineurs et les adultes fragiles de l’exposition à ces contenus ?
Le Droit et et la pornographie
Un grand nombre d’états réglementent strictement la liberté de publication des œuvres pornographiques. Age minimum d’accès requis, limitation des lieux d’accès, limitation des choses représentables (par exemple, en France, un viol ne peut apparaître dans l’intrigue d’un film classé X, alors qu’il peut s’il n’est pas classé X. Certains pays pratiquent une répression sévère contre la pornographie. Par exemple, en Chine, les peines encourues peuvent aller jusqu’à la réclusion à perpétuité.
La loi en France
Article 227-24 du Code pénal : « le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d’un tel message, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende (375 000 euros pour les personnes morales) lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur. » Depuis 1994, l’outrage aux bonnes mœurs n’est constitué que si le message pornographique atteint les mineurs. Vendeurs de presse et loueurs de vidéo doivent masquer les magazines et érotiques ou pornographiques, ainsi que vérifier l’âge de leur clientèle.Concernant la télévision, les films pornographiques télévisés ne sont disponibles que sur des chaînes payantes. Les décodeurs sont munis d’un système de verrouillage, nécessitant un code pour l’accès à ces programmes et sur Internet, les fournisseurs d’accès Internet (FAI) proposent des logiciels de parental, permettant d’interdire l’accès aux sites contenant certains mots-clés.
